Affaire trading : que fait-on des barons complices ?





Après la décision d’interdiction prise fin mars dernier, par le ministre de l’Economie contre l’activité des sociétés de trading sur toute l’étendue du territoire national, le gouvernement togolais passe à une seconde étape dans ce dossier. Depuis quelques jours, sont mis aux arrêts et détenus à ce jour au Service central de renseignements et d’investigations criminelles (SCRIC) et à la Direction de la police judiciaire, plusieurs responsables de ces sociétés de placement d’argent. Si la démarche reste salutaire dans le processus de dédommagement des victimes, elle reste, tout de même d’un goût inachevé. Et pour cause… Le gouvernement nettoie l’écurie…

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Global Trade Corporation, CASESPIC-If Sarl… elles étaient bien nombreuses, ces sociétés de Trading qui opéraient au Togo. Parmi elles, des structures légales et illégales. Avec un taux d’intérêt qui culminait jusqu’à 100, 200 voire 300%, ces boîtes de placement d’argent qui se sont répandues sur le marché en un temps record n’ont pas mis assez de temps pour conquérir le cœur de nombreux togolais. Citoyens anonymes que personnalités, nombreux se sont lancés dans cette aventure dont les promoteurs ne leur ont point expliquer les énormes risques encourus. Chemin faisant, belles recettes pour les plus chanceux. Banqueroute pour les malheureux. Peine perdue pour les investissements estimés globalement à plusieurs milliards.

Dès lors commence un autre chemin de croix pour une bonne frange des togolais qui ont vu leurs maigres bénéfices de plusieurs années, acquis à la sueur de leur front, s’évaporer telle une rosée à l’apparition des rayons solaires. Entre courroux, alanguissements, gémissements et manifestations de colère et d’agacement, le gouvernement a promis aux victimes, un dénouement heureux de la situation, au travers des mesures coercitives, notamment l’engagement de ces sociétés à rembourser les fonds aux clients. Mais depuis lors, plus rien. Rien ne marche. Difficile aux victimes de rentrer dans leurs fonds. D’où le retour musclé à la charge du gouvernement.

En effet, ces derniers jours, sur plainte du ministre en charge de l’économie et des finances, le SCRIC et la DCPJ ont procédé à l’arrestation de plusieurs responsables de ces sociétés. D’autres sont encore recherchés. Bien. Mais alors…

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Et les barons complices ?

Il faut souligner que ces Togolais, des jeunes pour l’essentiel, ont été motivés dans cette aventure par ce qu’il convient d’appeler « la caution morale des barons ». Pour cause, quand la population était réticente, au regard du fâcheux cas Redémarre et du très récent ESMC, force à été de constater que les promoteurs de ces sociétés de Trading ont été, pour la plupart, des protégés de hautes personnalités du pays. C’est ainsi que des forces de l’ordre ont été déployées en nombre pour assurer leur sécurité. Le cas le plus frappant reste celui de CACESPIC dont un des locaux est sis à Léo 2000 appartient à une personnalité du pouvoir. Qui plus est CACESPIC a bénéficié de la caution morale, de Meimounatou Ibrahima, 2e Vice-Présidente de l’Assemblée Nationale et Vice-Présidente d’Unir. Il se souvient de la cérémonie main dans main opérée par cette baronne et le jeune Hugues Digo pour lancer le fameux projet Agoè Chem que devrait alors financer la société CACESPIC. Un projet qui, tel que décrit, devrait dans les prochains mois, réveiller chez les jeunes d’Agoè (nouvelle préfecture créée), leur génie à travers des micro-projets de développement de leur localité commune. La cérémonie de lancement dudit projet, couplée de la signature de la convention de partenariat entre le porteur du projet « AGOE CHEM » et la société CACESPIC-IF SARL, a eu lieu en en octobre 2020 à Lomé.

Ce projet va « consister à la sélection de meilleurs projets de développement communautaire proposés par les jeunes qui seront au préalable formés à cet effet. Quatre des cinq meilleurs projets sélectionnés par un jury, seront primés à hauteur de 2,5 millions de nos francs pour leur mise en œuvre. Le projet ayant reçu le prix d’excellence sera, quant à lui, entièrement financé par CACESPIC-IF », avait alors expliqué, celle qui est la deuxième vice-présidente de l’Assemblée nationale, lors de la cérémonie de lancement dudit projet.

À l’image de Ibrahim Meimounatou, nombreuses sont ces personnalités du pouvoir, notamment des ministres et députés, y compris des officiers supérieurs et hauts cadres de l’armée qui ont apporté leur caution à ces structures. Dès lors, se pose la question de savoir ce qu’on fera de ces barons complices, après que des menus fretins responsables de ces sociétés de trading séjournent, eux, dans les locaux du SCRIC. Loin d’être subjective, la question a tout son sens et interpelle à plus d’un titre. Alors même que leur engagement dans cette arnaque ne souffrait d’aucun doute.

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Agir pour sauver les meubles

Faure Gnassingbé, qui serait l’instigateur de ces arrestations doit déployer toute sa responsabilité de père de famille au moins dans ce dossier qui a grugé même de pauvres étudiants. Cela dit, le Procureur de la république doit dès maintenant initier des actions contre ces barons bien connus dans les entourages de Faure pour que les traces des milliards détournés et qu’on cherche en vain depuis quelques jours soient vites retrouvées. Ces milliards qui dorment certainement quelque part peuvent toujours revenir servir à d’autres fins funestes que le peuple, quoique déjà plein de rancœur n’a jamais souhaité comme telle. Et contre qui on le sait. Si les actions actuelles du procureur n’incluent pas l’interpellation des barons complices, elles ne seraient que pure diversion.

Avec Fraternité







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