Et si la PIA sonnait le glas de tout espoir d’une quelconque réussite togolaise ?





L’actualité des derniers jours est dominée par l’inauguration de la PIA, événement organisé en grandes pompes, avec faste. Un événement grandeur nature, à la hauteur des ambitions que nourrissent les promoteurs du Complexe.

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En matière de Communication, ne serait-ce que sur la forme, c’est presque du zéro faute. Des invités soigneusement choisis, des médias triés sur le volet, une opération Relations Publics à saluer, et un spectacle sons et lumières, comme on n’en a plus vu sous nos cieux, sous l’ère COVID. 

Et si on essayait de voir au-delà du spectacle des 540 drones volants dans le ciel d’Adétikopé, ce 06 juin 2021 ?

Cette volonté manifeste du Togo de devenir un hub logistique, et même financier créé quelque chose de vicieux qu’on ne perçoit pas forcément tout de suite. Malheureusement, le Togo devient de plus en plus l’endroit idéal pour des investisseurs étrangers, lorsque ceux-ci tentent de « s’évader ».

Dans une volonté de bien faire, la Zone Franche a été instituée au Togo en l’an……. Si à l’époque, cela résolvait un problème particulier, cette zone ne s’inscrit malheureusement dans aucune vision stratégique de la nation. On sait tous, comment les entreprises installées en Zone franche, même bénéficiant d’avantages fiscaux, font preuve d’ingéniosité, pour dribler l’Office Togolais des recettes. Nous le savons tous. Pis encore : les emplois créés par cette Zone franche sont d’une indescriptible précarité. Ne faisons pas mine de le découvrir. Toutes ces entreprises défient chaque jour, l’inspection du travail, et se moque du droit syndical. 

Les emplois qu’on nous brandit, les emplois qu’on prétend créer grâce aux investissements étrangers sont en vrai, un paracétamol destiné à guérir un cancer. Une grosse farce.

Beaucoup plus récemment, on nous a obligé à applaudir l’installation du groupe MAJOREL, dans notre pays. Le même leitmotiv : absorber une partie des chômeurs, créer de la richesse, faire du pays un hub ou une référence de relation clientèle. Dans la pratique, les emplois « entrée de gamme » sont ceux qui sont réservés aux togolais. Avec aucune perspective d’avancement. Tandis que les postes de décisions, les postes de Manager sont aux mains d’étrangers. Nos frères et sœurs sont employés à Lomé, pour répondre à des plaintes des consommateurs français. Pourquoi le service après-vente d’Amazon serait-il basé au Togo ? C’est donc si cher payé là-bas, le poste de téléconseiller ? Pourquoi nos frères et sœurs ici démissionnent en cascade ? Pourquoi se plaignent-ils autant, des conditions de travail ? Et surtout pourquoi personne ne fait rien, pour les aider ? 

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Là encore, il ne faut pas faire peur aux investisseurs étrangers, qui sont en territoire conquis. D’ailleurs, ils ne le cachent même pas. Ils ont le numéro personnel de telle personnalité, et n’hésitent pas à vous le dire, pour vous dissuader de toute intention de plainte où que ce soit. 

Une fois encore, le modèle proposé ici n’est pas tant pour la population. En tout cas pas pour sa frange pauvre.

Alors, quid de la Plateforme Industrielle d’Adétikopé ? 

Toutes les années passées à s’enrichir dans notre pays a permis aux étrangers d’acquérir d’immenses propriétés foncières. Les terres agricoles, et même des villages entiers, appartiennent désormais à des chinois, des libanais, mais surtout des indiens. La conséquence ? La production agricole appartient au propriétaire terrien. C’est même à lui de décider quelle culture il souhaite faire, sur son terrain. Les prix des denrées alimentaires ont grimpé récemment. Vous voyez le rapport ? Toujours pas ? 

Eh bien, l’indien qui ne consomme pas de maïs n’en produit pas sur ses terres. Il y a donc moins de surfaces dédiées au maïs, et donc moins de maïs récolté. Il préfère le Soja, qu’il peut revendre sur le marché asiatique. Alors que nous ne mangeons pas du soja, nous. Nous ne faisons pas de repas, à base de soja. Le chinois développe le Gingembre pour l’exportation, donc le Gingembre n’est plus forcément accessible sur le marché local. Et ainsi de suite. 

Bien. On a donc vendu nos terres à des étrangers qui y cultivent ce qu’ils veulent. Et pour leur éviter l’exportation des matières premières, pour les soulager des frais de transports et autres, on leur permet d’installer des usines sur place, pour transformer ce qu’ils auront récolté. 

Deux conséquences immédiates à mon avis : la cherté des denrées alimentaires. Il y aura plus de soja que de maïs, plus de coton que de mil, plus d’anacarde que d’igname, plus de gingembre que de manioc, plus d’ananas que de plantain. Ce qui est logique, car, comme durant l’esclavage, nous aurons délaissé ce qui nous nourrit, pour cultiver ce que le colon trouve exotique. Ensuite, la disparition des petites et moyennes entreprises locales. En effet, les petites industries aux mains des togolais n’auront pas toutes, les moyens de s’installer sur la PIA. Elles ne bénéficieront donc pas avantages fiscaux. Et elles auront tout le mal du monde pour s’approvisionner. Les paysans n’ayant plus de terres, ils sont désormais des employés des grands groupes étrangers, nouveaux propriétaires terriens. 

Nous allons donc, une fois de plus, nous retrouver dans un schéma où le personnel exécutant, sera la principale main d’œuvre de cette plate-forme, payé trois francs six sous. Pendant que les gros gagnants de ces énormes montages financiers, sont les étrangers. Une fois encore. 

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Alors, isolément, des solutions comme la Zone Franche, Majorel, ou la PIA, paraissent salutaires. Mais lorsqu’on veut les lier une à une, on se retrouve dans un schéma où absolument rien n’est pensé pour faire des togolais, des personnes riches, et puissantes. On dira tout le bien qu’on voudra de la nouvelle PIA, j’attends toujours de voir, comment nous allons nous en sortir, comme peuple, d’ici 10 ans. 

Que Dieu nous prête vie !

Houngbono Adjéoda







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