Colloque sur le FCFA: les choix douteux de Kako Nubukpo





Annoncé pour les 26, 27 et 28 mai à l’Université de Lomé sous l’initiative de l’économiste togolais Kako Nubukpo, les états généraux de l’Éco, nouvelle monnaie proposé par la France et la Côte d’ivoire en remplacement du F CFA devaient s’articuler autour du thème :  » Quelle monnaie pour quel développement en Afrique de l’Ouest « .

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 Un programme a déjà été mis en place et les derniers réglages sont en cours. Sauf que la rencontre suscite des interrogations et doutes dans l’esprit de plusieurs lanceurs d’alertes dont la dame de Sotchi, Nathalie Yamb, qui tout en précisant son boycott de la rencontre de Lomé, vient de lancer d’acerbes critiques contre le projet, en soulevant d’importantes questions sur le sérieux des organisateurs.

Un format qui ne rassure pas

La dame de Sotchi reconnu pour son franc parler, son aversion à l’endroit de l’impérialisme français en Afrique qui se perpétue à travers les valets locaux africains, désapprouve d’entrée la structuration de la conférence. « Quel sérieux peut-on accorder à un événement qui est censé réfléchir sur une monnaie ouest africaine, mais qui exclut tout intervenant et/ou représentant des banques centrales du Nigeria, du Ghana, du Libéria, de la Sierra Leone, de la Gambie, du Cap Vert et même de la Guinée qui sont tous membres de la CEDEAO (Ndlr : Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest), mais qui ont tous été écartés par Nubukpo, », interroge la lanceuse d’alerte. Or, relève la dame de Sotchi, les objectifs formels de la rencontre initié par Kako Nubukpo visent  une réflexion sur la transition des monnaies nationales de la CEDEAO vers l’Éco en raison de l’urgence de développement des pays concernés ; et définir une feuille de route à soumettre aux chefs d’Etats et de gouvernements de la CEDEAO.

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Sachant qu’il y a huit monnaies dans la communauté, elle se demande comment des conclusions objectives et pertinentes peuvent être tirées d’une rencontre qui exclut l’avis de 8 pays de la zone pour laquelle on veut proposer une monnaie commune, et surtout en mettant à l’écart la puissance économique de la zone à savoir le Nigeria ?

Pourquoi veut-on créer une monnaie pour une communauté en excluant du débat certains pays de la communauté ? Nathalie Yamb conclut que la rencontre sur les états généraux de l’Eco n’a pas pour souci de trouver une alternative crédible au Francs CFA et amener l’ensemble des économies de la CEDEAO vers une monnaie commune, mais plutôt légitimer le coup de la France et de la Côte d’Ivoire qui ont tôt fait de proposer l’Eco  » macronien  » pour annihiler toute initiative tendant à trouver une fin définitive au Franc CFA.

Intervenants taillés sur mesure

Dombo Sambassila, François Ndenguet, l’économiste Nicolas Agbohou et d’autres contempteurs du Franc CFA n’ont pas été invités aux débats ; ce qui serait, selon l’activiste, une stratégie des organisateurs pour éviter trop de secousses. Par contre d’autres activistes invités comme Nathalie Yamb, Mamadou Coulibaly, ainsi que Aminata Traoré, sans avoir la possibilité de faire des interventions dédiées sur des thèmes précis, seraient des faire-valoir, afin de légitimer le projet qu’elle qualifie de françafricain. D’où son boycott de la rencontre.

Programmée initialement sur le panel d’ouverture, Nathalie Yamb (avec certains leaders d’opinion) estime que c’est une stratégie pour les restreindre dans une fenêtre d’expression afin qu’ils soient cadrés dans les objectifs que seuls les initiateurs savent.

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Selon elle, la nouvelle nomination de l’économiste togolais à la commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), signerait son entrée dans la galaxie macronnienne et ferait un collabo passif servant subtilement les intérêts vers la mise en place d’un éco délavé.

Dès lors que la France a pointé son nez dans la mise en place de l’Eco qu’elle précipite avec Alassane Ouattara, ce projet semble une nouvelle farce pour ce pays européen qui semble visiblement avoir tant de mal à vivre sans l’Afrique. Nathalie Yamb estime qu’il appartient à l’Afrique seule de mettre en place un cadre et d’initier une monnaie à elle toute seule sans un certain audit de la France. Tous ceux qui travaillent à l’instar de Kako Nubukpo à ce que le canevas soit contraint seraient sans doute coptés par la France.

Le doute…

Des interrogations supplémentaires relevées par d’autres leaders d’opinion suscitent également inquiétude. La question du financement de la rencontre de Lomé taraude l’esprit de plusieurs, car il va bien falloir payer les billets des participants, les loger, les nourrir et payer leurs perdiem. Certains y voient la main de la France-Afrique derrière. Ce qui dénote du format de la rencontre et des intervenants choisis sur mesure. Comme on le dit souvent,  » La main qui donne est celle qui commande « , histoire pour dire que  » Qui finance l’accordéon, choisit les notes de musique « .

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Aussi, une portion de phrase issue d’un document de travail rédigé par l’économiste togolais en prélude à la rencontre de Lomé conforte la thèse du scepticisme à l’égard de notre compatriote :  » Rappelons que l’Union européenne a mis trente ans pour passer du Rapport Werner à la mise en place effective de l’euro…  » peut-on lire dans ce document. Ce qui sous-entend qu’il faudrait une durée plus ou moins analogue pour l’avènement de l’Eco, de quoi doucher les ardeurs des contempteurs du franc CFA.

Le constat des pourfendeurs de cette monnaie de singe qu’est le Franc CFA est unanime. Si la France a de grands intérêts avec le Franc CFA, elle ne peut jamais prendre appui sur des gens qui combattent cette monnaie. En clair, pour ceux-ci, Il ne s’agit pas de changer seulement la dénomination de la monnaie en gardant la méthodologie, la valeur, l’équivalence et surtout, le logement, l’impression et le porte-parole de l’ancienne monnaie. Il faut rompre le cordon ombilical avec la France et avoir une monnaie totalement indépendante après 61 ans d’indépendance des pays francophones d’Afrique.

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Pour le moment, certains pensent qu’il faut accorder le bénéfice du doute à notre compatriote Kako Nubukpo jusqu’aux états généraux de Lomé, tout en espérant que celui qui reste le leader togolais de la contestation du franc CFA ne nous lâche en haute mer.

Canal D No 091







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